Des nouvelles de Brief.me, la newsletter d’info premium

Un an et demi après leur lancement, les newsletters payantes de la start-up française Brief.me ont déjà conquis 1300 abonnés. Mais cet OVNI médiatique repose-t-il sur un modèle économique soutenable ? A l’occasion d’une discussion publique avec ses fondateurs, retour sur le parcours et les ambitions de Brief.me.

Retranscription libre du meet-up organisé au Tank, le 14 septembre dernier.

Lancée en janvier 2015 par le journaliste Laurent Mauriac (ex-Rue89), la start-up Brief.me a du faire sourciller bon nombre de dirigeants de la presse écrite. Le credo de ce nouveau média a de quoi surprendre sur le papier : son seul produit est une newsletter quotidienne d’information générale, uniquement accessible par abonnement. Pour 5€ par mois, Brief.me promet de condenser l’essentiel de l’actu dans un format pédagogique et lisible, sans image ni publicité. Un modèle conçu comme une antidote à l’info-bésité et à la fragmentation de l’attention sur internet.

Et contre toute attente, le public semble au rendez-vous. Brief.me revendique déjà 1300 abonnés, un chiffre modeste mais qui témoigne d’une réelle demande chez les consommateurs d’info. La promesse éditoriale est pourtant relativement commune ; de nombreux sites d’info proposent déjà des newsletters gratuites. Ce qui distingue Brief.me, c’est sans doute la richesse éditoriale de son produit, qui répond aux besoins d’une véritable cible de lecteurs.

Un produit adapté au marché

En l’occurence, Brief.me s’adresse à un public de jeunes urbains, très connectés et à ce titre sur-sollicités. L’e-mail, qui reste un réflexe pour les « mobinautes » malgré son image désuète, s’est vite imposé comme un médium idéal. En mobilité, rien de plus facile pour rattraper l’actu que d’ouvrir ses mails. Outre-atlantique, les newsletters des sites Quartz ou The Skimm ont déjà fait leurs preuves, mais pour l’instant sur un modèle gratuit adossé à un site. Brief.me va donc plus loin, en misant sur une expérience de lecture « zen » et une forte identité éditoriale. Autant d’arguments pour émerger dans des boîtes de réception souvent saturées.

Chaque édition ouvre sur un récap d’actu chaude, avant d’enchaîner sur quatre rubriques plus “anglées”, pensées comme des rendez-vous récurrents. Parmi ces séquences, on pourra trouver des décryptages (une actu complexe, une prise de position) ou bien des soft news comme « Ca alors » (qui décrit une actu insolite) ou « Ca peut servir » (qui dispense des conseils adaptés au quotidien).

Au fond, Brief.me se réapproprie l’emailing au profit d’une ambition éditoriale : raconter l’info rapidement, mais de façon non agressive. Pas de photos, pas de publicité ou de formules « pièges à clic ». A ce titre, le produit se positionne intelligemment comme un rendez-vous serein et sérieux dans un espace numérique traditionnellement trusté par les spams et les relances marketing poussives.

Si on creuse les chiffres, un succès durable semble à la portée de la start-up. L’équipe évoque un taux de réabonnement à 70%, un taux d’ouverture des mails à 60% (période d’essai comprise) et des retours « quali » très positifs. La clé du succès selon ses créateurs ? Une promesse éditoriale solide et une relation de confiance avec les abonnés, aux antipodes d’une stratégie de puissance à tout prix.

Second souffle

Pour transformer l’essai, les équipes de Brief.me tablent sur une forte croissance du portefeuille d’abonnés. Des cibles B2B sont visées, à l’image de établissements d’enseignement supérieur ou des grandes entreprises. Laurent Mauriac évoque à terme une fourchette potentielle de 10 000 à 50 000 abonnés.

En attendant ces grands comptes, la start-up se démène pour conquérir les utilisateurs. Premier levier : un large effort d’acquisition via Facebook. La fidélisation n’est pas en reste avec une édition du samedi conçue dans une optique participative. Chaque abonné peut ainsi voter au cours de la semaine pour élire un sujet qui sera approfondi dans la newsletter du week-end. Une façon d’engager les lecteurs tout en créant un rendez-vous éditorial.

Ironie de l’histoire, les créateurs de Brief.me considéraient initialement que l’e-mail ne serait pas leur seul canal de distribution. Après une phase de beta-testing réussie, le concept a pourtant conquis une véritable niche de lecteurs. Reste à trouver un second souffle pour pérenniser l’activité. Parmi les échanges au Tank, certains imaginent déjà des solutions pour mieux exploiter les sujets “froids” de Brief.me après leur publication. Le jeune média peut en tout cas compter sur une communauté de fidèles très impliqués. On attend impatiemment la suite de l’aventure.

Maxime Loisel

I'm French and I love digital media (a lot). Currently Mobile Product Manager at Le Figaro. Graduate in Media Management (Sciences Po Rennes) & UX Design (Gobelins Paris).

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